Magasin Polonais La petite Pologne: Antoni Ferdynand Ossendowski

Antoni Ferdynand Ossendowski (1878-1945)


Injustement oublié aujourd'hui, Antoni Ferdynand Ossendowski a pourtant été autrefois le deuxième après Henryk Sienkiewicz auteur polonais le plus publié à l'étranger. Né à Ludza en 1878, alors que formellement la Pologne ayant perdu son indépendance n'existait plus, il fera des études de mathématiques à Saint-Petersbourg puis de physique et de chimie à Paris, à la Sorbonne, où il rencontrera Marie Curie. Il retournera ensuite travailler en Russie avant d'être déporté en Sibérie pour avoir pris part à des manifestations contre le gouvernement tsariste. Il y passera ainsi plus de 10 ans, temps qu'il mettra à profit pour étudier la faune, la flore et la géologie de cette région. En 1920, durant la révolution bolchévique, il est obligé de fuire et se cache en Sibérie, dans la taïga. Ce sera le début d'un long voyage à travers la partie orientale de la Russie, la Mongolie, le Tibet, le désert de Gobi puis la Chine, pour enfin s'embarquer sur un navire en direction du Japon d'où il partira pour les Etats-Unis où il écrira ses premiers livres en anglais qui deviendront vite des best-sellers. En 1923 Ossendowski retournera en Pologne où il entamera une carrière d'écrivain. En tout il publiera plus de 70 livres qui seront traduits dans plus de 20 langues. Ossendowski mourra en 1945 à Żółwin, près de Milanówek, à quelques kilomètres de Varsovie, dans des circonstances encore aujourd'hui très floues, en ayant pris soin de brûler, juste avant de mourrir, toutes ses archives personnelles.
Après la guerre, connu pour ses nombreuses prises de position anti-soviétiques, notamment dans son ouvrage Lénine, paru en 1930, Ossendowski sera interdit par la censure communiste. Tous ses ouvrages se trouvant dans les bibliothèques seront détruits et son nom disparaîtra de toutes les encyclopédies polonaises. Pendant un demi-siècle cet auteur passionant sera voué à l'oubli. Aujourd'hui il est de nouveau publié et les lecteurs polonais redécouvrent son oeuvre.

En 1923 il écrira Przez kraj ludzi zwierząt i bogów, qui sera ensuite considéré comme son grand chef d'oeauvre, traduit en 19 langues différentes. Cet ouvrage est aujourd'hui disponible en Français aux éditions Phébus sous le titre "Bêtes, Hommes et Dieux", le titre Polonais étant en fait "A travers le pays des Bêtes, des Hommes et des Dieux". Malheureusement, cette édition française n'a pas été traduite à partir de la version polonaise, mais à partir la version anglaise qu'Ossendowski a écrite durant son séjour aux Etats-Unis. Dans certains passages, il y a des petites nuances qui sont perdues et dans certains paragraphes il arrive que des phrases entières soient manquantes par rapport à la version en langue polonaise.

Dans la Pologne des années 1920 ce livre deviendra rapidement un best-seller et Ossendowski sera alors un des auteurs polonais les plus populaires de l'entre deux-guerres. Ce livre décrit en détails les mois qu'il a passé en solitaire à se cacher dans la taïga durant l'hiver sibérien puis sa fuite vers la Mongolie. Durant son voyage, Ossendowski mettra à profit ses connaissances en médecine plusieurs fois il gagnera la confiance des Mongols en les soignant, mais aussi le fait qu'il parlait couramment de nombreuses langues étrangès, entre autres l'anglais, le russe, le français, mais aussi le mongol et le chinois.
Durant tout son voyage il ne cessera pas de prendre des notes sur ce qu'il verra et les rencontres qu'il fera. Ces informations seront ensuite fidèlement retranscrites dans "Bêtes Hommes et Dieux", ce qui fait également de cet ouvrage un précieux témoignage de ce qu'était la vie en Asie centrale au début du XXème siècle. L'auteur traversera une grande partie de la Mongolie, visitera Karakoroum, l'ancienne capitale de l'Empire de Genghis-Khan, fera un bref séjour au Tibet qu'il sera rapidement obligé de quitter, rencontrera de nombreux grands lamas dont il gagnera la confiance et fera également la connaissance du mystérieux baron Ungern von Sternberg, mystique d'origine allemande qui s'est battu aux côté des Mongols contre les armées bolchéviques.
Witold Michałowski, qui en 1967 dirigera la première expédition polonaise dans les montagnes de l'Altaï dira des années plus tard que tous les membres de l'expédition considéraient ce livre comme une véritable Bible. Il dira entre autres: "Le monde moderne a connu peu de reporters de l'envergure d'Antoni Ferdynand Ossendowski. Hérodote et Marco Polo en font certainement partie."
Quoi qu'il en soit, la lecture de "Bêtes Hommes et Dieux" est certainement une excellente façon de découvrir l'oeuvre de ce voyageur hors du commun qu'était Ossendowski.


Il existe également d'autres livres du même auteur disponibles en Français. Citons antre autres "Asie fantôme" et "De la présidence à la prison", tous deux dans parus aux éditions Phébus également. Chronologiquement leur action se déroule bien avant celle de "Bêtes Hommes et Dieux". Dans la première Ossendowski raconte ses nombreux voyages ainsi que les recherches scientifiques qu'il a menées en Sibérie au début du XXème siècle. Dans "De la présidence à la prison" il raconte ses souvenirs de la guerre russo-japonaise et de son emprisonnement dans les geôles du tsar. Dans les deux cas il s'agit de témoignages d'une qualité inestimable sur ce qu'était la vie dans ces contrées lointaines à cette époque.

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